« Au secours, je suis viré! » comment réduire les effectifs sans impact social?


Ce matin, j’intervenais dans l’émission de Wendy Bouchar sur Europe 1: ON FAIT LE TOUR DE LA QUESTION

 Le thème de cette emission était: LE LICENCIEMENT . Luc Biecq présentait son livre « Se reconstuire après un licenciement »

Restructurations, plans sociaux, réformes, réorganisations, …..La menace plane sur le paysage économique français car la pression sociétale s’accroît  sous le renforcement des attentes des consommateurs, et les vagues de licenciements augmentent, plongeant les salariés dans le pessimisme .

Pour moi qui intervient in situ et accompagne des plans sociaux, le licenciement c’est comme une mort avancée, c’est un violent traumatisme car les salariés vivent le dépôt de bilan comme une honte, une in famie.Qu’ils soient licenciés ou rescapés, la souffrance et les RPS sont là avec leurs flots de symptômes: le travail a une valeur centrale pour les travailleurs, il est leur colonne vertébrale, il leur procure revenu, repères, compétences, interactions sociales, identité, estime et confiance et utilité . Bref, le travail, quel boulot! ne règle pas tout, mais le chômage, lui , dérègle tout!

Le salarié licencié subit une double peine qui est de perdre son emploi mais aussi son identité sociale, et il se sent abandonné, rejeté car il vit un deuil, une rupture, un divorce avec une entreprise qui lui avait promis un avenir serein et prometteur, alors le salarié vivait dans l’émotion. Quand le PSE est arrivé, on n’a plus parlé émotion, on a eu envers lui un discours rationnel, et le climat s’est brusquement déshumanisé. Il faut se faire aider, demander une aide extérieure pour traverser cette crise afin de gérer rationnellement cette épreuve lourdement chargée d’émotions négatives.

Après l’état de choc, car le salarié ne s’y attend jamais, la souffrance apparaît avec le processus de deuil qui se met en place:

déni: «  ce n’est pas possible, pourquoi moi? »

Colère, silence, incompréhension

-constat de manque: « comment je vais faire sans? » Se projeter alors dans l’avenir, se déculpabiliser, sortir de la honte, de la peur, de la dévalorisation

-renouveau: accepter une autre existence, des plans de formation, un autre sens à sa vie, former des projets, croire à nouveau en la vie et voir l’avenir s’ouvrir devant soi! Il faut du temps, pour chercher ailleurs la reconnaissance que le travail donnait et oublier les promesses mensongères .

Et si c’était pour moi une bonne opportunité pour faire ce dont je rêvais?

Et si je rebondissais malgré mes peurs, mes attentes, mon niveau, ma région, mon âge, ma famille,….

C’est pas facile d’avancer malgré le stress, refaire son CV, se vendre, avoir le moral, refaire du réseau, avancer, se mettre en marche,….pour montrer qu’on n’est pas fini, qu’on est encore utile , que la société nous laisse encore une place,….

J’interviens dans le cadre de soutien aux salariés, aux travailleurs, aux femmes et mères de familles, aux jeunes, aux moins jeunes, touchés tous par l’emploi et qui ont peur de tomber un jour dans la précarité et la pauvreté! Les enfants eux aussi sont impactés par cette peur qui nous taraude tous: perdre son emploi!

Les familles monoparentales, les enfants qui grandissent dans l’insécurité, les jeunes qui quittent le foyer de plus en plus tard, les parents qui perdent toute dignité et crédibilité devant chez jeunes qui espèrent un monde professionnel plus accueillant,…

Je souhaite vivement que les prises en charge psychologiques soient de plus en plus remboursées par les complémentaires santé, les mutuelles, pour toutes les catégories socioprofessionnelles, car l’anxiété monte et la dépression ambiante aussi.

Le licenciement peut mener au chômage et le chômage à la pauvreté.

Qu’il s’agisse d’un licenciement individuel, d’un plan social, d’un dépôt de bilan, ou de la fermeture d’une exploitation agricole, la perte d’emploi est très traumatique et rappelle le SPT (syndrôme post -traumatique après un accident) car les personnes sont fragilisées sur le plan psychologique, et narcissique.

Licencié, on peut se détruite physiquement et psychologiquement, car la résilience ça ne s’improvise pas . Le risque réside dans le risque de sombrer dans la dépression, de s’isoler, de ne plus voir ses amis, de le cacher à ses proches, c’est une mort symbolique, et le regard des autres est lourd d’accusations.

Le regard de la société doit changer et être moins négatif afin d’éviter d’humilier davantage les demandeurs d’emploi qui se sentent coupables et dévalorisés.Leur loyauté est remise en cause, et le discours ambiant pointe l’incapacité et la mise en accusation.

Aujourd’hui quand on perd son emploi, on trouve de la précarité, même au travail , avec les emplois en interim, on signe rarement de CDD, CDI, et la qualité du travail s’en ressent. Faire du bon travail c’est aussi essentiel pour chaque salarié qui a besoin d’emplois stables, de tâches valorisantes. Entre 50 et 60 ans la spirale qui tire vers le bas nécessite des accompagnements adaptés pour aider le salarié qui atteint à sa santé ( maladies, addictions, stress, problèmes cardiovasculaires, TMS, depression, manque d’activité physique, mal-bouffe,troubles du sommeil…)L’important est de ne pas désaffilier le salarié, lui dire qu’il est toujours un travailleur potentiel, c’est le travail qui change, la société aussi et le lien social se perd. Le symptôme de la robe de chambre c’est le repli sur soi, la désocialisation, le suicide,….

Quand on est victime d’une agression on demande une cellule d’écoute et d’accompagnement psychologique. Il faut lutter contre le fléau du licenciement et tendre la main à ceux qui perdent aujourd hui leur emploi et les aider à sortir de l’image du « mauvais salarié » afin de reprendre confiance en l’avenir.

Posted in Le monde du travail

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